Un matin pas comme les autres

Au revoir. Je pars. Sans toi. Sans nous. Ses yeux, son corps, son sexe me disaient ces mots que sa bouche n’osait pas.  Je ne le reconnaissais plus ce matin là. Et mes démons ont pris le dessus. Tristesse. Solitude. Déception. Dans ma tête il n’était plus là. Je ne pouvais plus profiter de ces quatre murs, de ce lit, de cette intimité. Je le regardais mais je ne le voyais déjà plus. Il était en moi mais je le sentais déjà loin. « Avec moi pas de sentiments », disait-il.  Je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire et je n’ai pas cherché à comprendre non plus. J’ai tout simplement voulu passer cet ultime moment avec lui. Jouir de ce dernier instant. Sublime et fugitif. Il a pensé peut être que je m’attendais à quelque chose mais je ne m’attendais à rien. À rien, qu’il ne pouvait me donner.

Se souvient-il de cet après midi de mai où nous courions sous la pluie, main dans la main,  jeunes, insouciants et jouissant pleinement de ce bonheur enfantin ? On était si différents à l’époque. Si confiants. Pourquoi il a fallu qu’on grandisse ? Pourquoi il a fallu qu’on se rende compte du monde ? Qu’on se rende compte que l’on n’est pas seuls au monde ? Ce matin là, tout ceci m’est venu à l’esprit, il était allongé à côté de moi, enfoui dans ses pensées, dans son lendemain. Moi, je le regardais. Je regardais en lui cet homme qui pouvait me faire jouir à cent kilomètres de là et j’ai éprouvé le besoin de joindre l’acte à la pensée. Il a souri au moment où je l’enfourchais. De ces sourires qui traduisent tout ce qu’une femme ne peut deviner rapidement mais je ne m’en souciais guère, ce qui m’importait pour l’instant c’était de le sentir en moi, chaud et vivant.

Il pleuvait dehors. Une petite pluie fine, comme la rosée. Un vent frais soulevait les rideaux. À ce moment, je retombe sur lui, repue de fatigue et de plaisir. J’ai continué à le regarder. Comme s’il pouvait disparaitre d’un moment à l’autre, et ce poème de Robert Desnos qu’il m’avait dédié me remonte à l’esprit et je souris. De ces sourires qui traduisent le bonheur indescriptible mais il ne l’a pas remarqué, il voulait juste être là. Avec moi. Pour moi. Une dernière fois.

Se souvient-il de cette première fois où l’on a passé le réveillon ensemble ? On était joyeux, excités, conscients et soucieux de notre bonheur. On était si beau ce soir là. Magique. On restait allongé côte à côte, nos respirations se sont confondues. Il réfléchissait pendant que ses doigts dessinaient des arabesques sur mes cuisses. Ses yeux fixaient le plafond et les miens le fixaient.

La pluie a cessé. Il faut y aller. On s’habille en papotant, en se taquinant. Dernier fou rire. Ma mini jupe l’excite. Il a toujours eu un faible pour mes fesses, son regard s’enflamme et très vite cette excitation fiévreuse m’envahit également. C’était chaud, brûlant. On n’y a pas résisté et on s’est déshabillé encore une fois et encore une fois on a atteint l’extase.

À propos de l'auteur

Andeve

Femme je suis. J’écris pour dire la vie. J’écris pour dire le monde. Vus d'en bas. Appelez-moi Andeve !

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3 Commentaires

  1. Brûlant récit! Ça dénonce ce que le temps tue en nous, comme l’amour fort et sublime qui s’en fout du temps. Bravissimo Andève…

    1. On reconnait un peu de soi dans chaque phrase et la question s’impose encore et encore: pourquoi il a fallu qu’on grandisse?
      On ne se fatigue pas de ces billets.
      Merci Andève

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