Lettre à une mère partie trop tôt

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Notre amitié n’était pas spontanée. Pourtant, elle était sacrée. Je te regardais vivre et je détestais la vie. Non, je détestais plutôt celui qui t’empoisonnait la vie. Lorsque, sous les coups de ce géniteur, je perdais connaissance, ton inaction me révoltait jusqu’à-ce que j’ai compris que ta passivité était ta plus grande preuve d’amour. Humiliée, maltraitée, déçue, tu pansais tes blessures et tu séchais tes larmes pour t’accrocher à la vie. Toi seule possédais ton courage et ton humilité. Je n’ai jamais compris pourquoi tu continuais à prendre soin de ton bourreau mais tu ne faisais qu’assurer notre pain quotidien et notre éducation, car ta raison de vivre, c’était nous : tes enfants.

Je l’ai compris assez tôt et je me suis rangée de ton côté. C’était toi et moi contre le reste du monde. Cela nous a valu maints actes de violence mais on croyait en nous et on s’aimait, on tenait bon. Tu n’avais eu que ton Certificat d’études primaires, mais tu veillais à ce que j’apprenne toujours bien toutes mes leçons. Surtout, tu veillais à bien prononcer mon nom à la manière de mes professeurs, « Musette ». Tu m’apprenais le sens des valeurs. Tu m’aidais à forger mon caractère. Tu m’enseignais ton courage. Tu m’as aussi appris le sens de la révolte contre toutes formes d’injustices .

Ta beauté me fascinait et je suis fière de te ressembler. Tu avais l’air d’une sainte, encore amoureuse. Tu ne pouvais pas comprendre que ton premier et dernier amour ait pu te laisser pour une femme plus jeune mais en rien comparable à toi. Tu souffrais en silence. Tu ne te plaignais jamais. Tu avais honte et tu nous protégeais car tu privilégiais nos instants de bonheur.

Ton cri, ce matin-là m’a réveillée. Il était terrible, alarmant. Il m’a glacé le dos mais je n’aurais jamais pu croire que ça aurait pu être ton dernier. Toi, ma perle, ma mère, la mort ne te ressemblait pas du tout. Lorsque j’ai appris que ton cœur avait flanché, j’ai moi aussi perdu le goût de la vie mais j’ai compris également que tes souffrances ont pu enfin cesser.

Toute ta vie, tu as été une martyre. Quand j’y repense mon corps se raidit. Ça fait tellement mal que je n’arrive même pas à pleurer. Parfois, je me dis que je n’aurais pas dû t’écouter et mettre fin à tout cela mais, ta sagesse, je la respectais. Patience ! Tout se paie un jour, me disais-tu. Je te croyais. Du haut de mes quinze ans, je n’avais pas trop le choix. Et, je continue encore de te croire aujourd’hui. Toujours je croirai en toi car toujours, en moi, tu vivras.

À propos de l'auteur

Andeve

Femme je suis. J’écris pour dire la vie. J’écris pour dire le monde. Vus d'en bas. Appelez-moi Andeve !

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